Christophe Beaugrand « Les combats doivent se faire main dans la main »

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Entre la légèreté et la gravité, il a choisi de ne pas choisir. L’animateur de Ninja Warrior sur TF1 et du Brunch de l’info sur LCI est également une personnalité engagée sur de nombreux fronts, notamment dans la lutte contre les violences conjugales et pour les droits des LGBT.

Vous militez depuis de longues années contre les violences faites aux femmes. Pourquoi ce combat s’est-il imposé à vous ?

Pour tout un tas de raisons très personnelles, c’est quelque chose qui me touche. Il y dix ans, quelqu’un qui m’est très proche a souffert de harcèlement psychologique et des agissements d’un homme qui essayait de la maintenir sous son emprise, par le biais par exemple de coups de fil à répétition en pleine nuit. J’ai pu constater quelles en étaient les conséquences délétères, sans qu’il y ait eu pourtant de violences physiques. Je sais à quel point elle s’est sentie seule dans cette situation et a eu du mal à ce qu’elle soit prise en compte par les forces de l’ordre. Elle était tellement désespérée qu’elle a même fait une tentative de suicide. Alors quand le cabinet de Marlène Schiappa m’a contacté l’an dernier pour me proposer de porter une campagne de sensibilisation sur les violences conjugales, j’ai immédiatement accepté. Non pas que je sois du genre à avoir le doigt sur la couture par rapport au gouvernement mais là, ça me semblait important.

A l’époque, vous sentiez-vous démuni par rapport à la conduite à tenir pour l’aider ?

Je l’ai accompagnée au commissariat mais rien ne s’est malheureusement passé par la suite. La police est venu « taper sur les doigts » de l’individu en question mais il a recommencé dès le lendemain. Heureusement, elle a été magnifiquement épaulée par une association qui s’appelle Paroles de femmes, qui lui a permis de reprendre pied et confiance en elle. Aujourd’hui, j’ai l’impression que ces femmes sont mieux reçues quand elles viennent porter plainte. Mais bien sûr, ce n’est pas suffisant. Ce n’est qu’une étape. Il faut que le travail se fasse aussi au sein des familles. Les pères et les mères doivent apprendre à leurs enfants, spécialement aux garçons, à respecter le sexe féminin, à ne pas le voir uniquement comme un objet de convoitise. C’est pour cela que tout ce qui fait autour du jeu pour dégenrer les jouets peut paraitre anecdotique mais est en fait essentiel parce que cela contribution à déconstruire les schémas achétypaux de notre société

Est-ce aussi le rôle de l’Education Nationale d’enseigner le respect du corps et de l’intégrité de l’autre, dès les petites classes ?

On demande beaucoup de choses à l’école mais elle doit effectivement être partie prenante, pour fomer des citoyens épanouis et aider à générer une génération où chacun, qu’il soit, puisse être bien dans ses baskets.

En matière de droits des LGBT, les choses vous semblent-elles avoir évolué ces dernières années ?

Oui, j’ai tendance à être optimiste. A l’image des droits des femmes, j’ai l’impression qu’on va dans le bon sens. Bien sûr, le fait d’être plus visible pour les LGBT va de pair avec le fait de subir des attaques, parfois violentes, mais globalement j’ai l’impression que l’acceptation est meilleure aujourd’hui. Paradoxalement, ca parait s’être amélioré aussi sur les réseaux sociaux. Quand j’ai annoncé avec mon compagnon la naissance de notre fils par GPA, j’ai eu un nombre infinitésimal de critiques et énormément de félicitations. De part les émissions que j’anime, j’ai un public largement composé de femmes et il se trouve que ça a ému beaucoup d’entre elles. Certaines m’ont même dit que j’étais une référence positive pour leurs enfants homos… Or, je crois que c’est indispensable d’avoir des modèles auxquels on peut s’identifier, surtout quand on sait que le risque de suicide est très elevé chez les adolescents LGBT et qu’il est la deuxième cause de mortalité au sein de cette classe d’âge…

Vous vous êtes associé il y a quelques mois à la tribune Ajoutons du noir aux couleurs de l’arc-en-ciel après l’assassinat de George Floyd. Cette convergence des luttes vous a-t-elle toujours parue naturelle ?

Oui, je pense que les combats doivent se faire main dans la main. Ce n’est pas toujours évident parce qu’il y a parfois des guégèrres entre associations mais les gens qui subissent des stigmatisations peuvent selon moi plus facilement se comprendre. Je crois que quand on est discriminé, cela vous rend quelque part plus intelligent. C’est d’ailleurs ce qui m’a confié ma maman qui m’a dit combien ma différence l’avait enrichie.

Est-ce parce que vous avez cette fibre sociétale que vous tenez à conserver un pied dans le journalisme, à coté des grands jeux que vous présentez ?

Je ne sais pas si c’est lié. Mais ce dont je suis sûr, c’est que j’ai toujours eu envie de donner du sens à ce que je réalisais et ai été très intéressé par les mouvements qui traversent notre époque. C’est pour ca que je cultive ces deux versants. Pour moi, le public a autant besoin de divertissement que d’information. Et le fait que je sois à cheval sur ces deux mondes ne dérange personne. Je crois que ce qui compte, c’est la sincérité de la démarche.

Puisqu’on parle de la presse, la mysogynie et l’homophie s’y rejoignent-ils parfois ?

J’ai eu la chance dans mon métier d’en avoir côtoyé assez peu mais effectivement, le sexisme et l’homophobie se retrouvent souvent chez la même personne…

Etes-vous toujours l’ambassadeur de la charte contre les discriminations liées à l’orientation et l’identité sexuelles paraphée par TF1 ?

Oui, c’est une casquette plus symbolique qu’autre chose mais TF1 a été malgré tout la première société de média à en être signataire. C’est une entreprise très humaine qui n’a jamais été la « boite à cons » qu’on a longtemps décrite. Le groupe est d’ailleurs impliqué également sur la question de la parité à travers le réseau Fifty/ Fifty.

Estimez-vous que les hommes peuvent et doivent être des protagonistes actifs des batailles du féminisme ?

C’est évident. Je comprends que certaines féministes puissent penser qu’il faut écarter les hommes pour faire avancer cette cause mais je crois pour ma part que ce n’est pas la bonne voie. Les papas ont par exemple un rôle primordial à jouer… Nous devons donc agir tous ensemble.

Sur ce thème comme sur d’autres, pensez-vous que la France du Covid est encore plus clivée  que celle d’avant le coronavirus ? Est-ce que ça a accentué les situations existantes ?

On est dans une période compliquée qui n’est pas à même d’apaiser les tensions. Mais je suis certain que c’est conjoncturel. Cette épidémie hystérise un peu les choses mais elle peut nous amener également à relativiser.

Bénédicte Flye Sainte Marie

En pratique : Christophe Beaugrand présente chaque week-end, le samedi et le dimanche à 10 h la magazine Le Brunch de l’info sur LCI

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