Cédric Doumbé « Pour être viril, vous n’êtes pas obligé de faire beaucoup de bruit »

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Neuf fois champion du monde de kick- boxing, ce sportif ultra-capé est le visage et la voix du spot de sensibilisation Be a man réalisé pour la Maison des femmes, qui dénonce les injonctions à la virilité archaïques qui tissent encore notre société et s’érige contre toutes les formes de violences à l’égard des femmes. A deux semaines de remettre en jeu son titre, il se livre sur cet autre type de combat qui lui tient à cœur.

Qu’est-ce qui vous a décidé à vous engager aux côtés de La maison des femmes ?

A la base, c’est quelque chose qui vient d’une discussion que j’ai eue avec mon manager, David Foucher. Je voulais mettre ma notoriété au service d’une cause. On a réfléchi à ce qui m’animait et dans mon cas, c’est la famille et la religion. Depuis toujours, je suis aussi très sensible à tout ce qui touche les violences faites aux femmes et aux enfants. Ça nous paraissait intéressant de nous axer là-dessus, même si cela peut sembler paradoxal quand on pratique un sport de combat. Alors, nous avons cherché une association vers qui nous tourner et on a finalement contacté La maison des femmes. Nous avons donc été à l’initiative de ce projet et c’est également David qui a eu l’idée de cette campagne, de cette vidéo et de ce traitement sous forme de monologue.

L’un des messages que vous adressez à travers Be a man est-il que certains comportements ou phrases qui sont censé(e)s faire de vous « un homme, un vrai » ne sont rien d’autre des agressions commises envers les femmes ?

Pour ma part, je crois que le propos principal – et c’est un texte qui ne doit pas être pris à la légère- est que depuis qu’on est petits, on nous rabâche sans cesse les mêmes conneries sur la virilité, y compris dans mon entourage. Or, on confond cette notion avec le machisme. Il faut absolument déconstruire cette façon de penser.  

Pour vous, il est important de dissocier virilité et agressivité ?

Oui, c’est ça. Dans la version originale de Be a man que l’on a beaucoup épurée, je m’interrogeais longuement sur ce qu’était un homme. Ce n’est pas forcément ou seulement être fort, c’est être aussi à l’écoute. Quelques-uns vous diront que vous êtes « un canard », que vous vous aplatissez devant votre femme ou votre copine mais ce qu’ils ne comprennent pas, c’est que pour être que vous êtes viril, vous n’êtes pas obligé de faire beaucoup de bruit. Moi, j’ai été très bien éduqué et élevé uniquement par des femmes, en l’occurrence ma mère et ma grand-mère et je crois que c’est ce qui m’a donné cet esprit de calme et de conciliation. J’ai toujours eu cette valeur en moi… Aujourd’hui, j’ai vingt-huit ans et toutes les femmes avec qui j’échange témoignent des violences qu’elles ont subies. C’est systématique, il n’y en pas eu une qui y a échappé. C’est pour cela qu’il faut absolument briser ce cercle.

Souhaitez-vous insister aussi le fait qu’il ne suffit pas de ne pas avoir d’attitudes misogynes ou sexistes mais qu’il faut également ne plus accepter d’en être le spectateur passif chez les autres ?

Exactement, nous ne sommes pas tous coupables mais nous sommes tous responsables. Ne pas réagir, c’est y participer. On a tous déjà entendu un ami qui disait des choses grossières à sa compagne ou eu l’écho de quelqu’un qui battait sa femme. Parler, c’est au contraire contribuer à éduquer.

Réussissez-vous à faire résonner ce type d’arguments dans le milieu très testostéroné du kick-boxing ?

C’est très difficile parce qu’il y a plusieurs paramètres qui se superposent, il y a la culture des origines, une mauvaise interprétation de la religion et il y a aussi le passé de chacun qui intervient. Or, je pense qu’on peut se servir à l’inverse de son vécu pour changer. Mon idée, ce n’est pas de tout révolutionner car je suis aussi très attaché à la tradition et à certaines conceptions anciennes, telle qui consiste à se montrer gentleman avec les femmes. Mais j’en proscris d’autres, comme cette idée qui voudrait que l’homme soit le seul à prendre la parole et à décider. Bref, si je décidais de boxer tous ceux, dans ma discipline, qui préconisent la violence, je n’aurais plus besoin de faire mon métier ! Donc, j’essaie de contenir ma colère, de dialoguer et de faire appel à l’humanité et au bon sens de chaque personne.

Comment faut-il évoquer ce sujet auprès des petits garçons ?

Ça doit se faire partout, à l’école et à la maison. Il faut couper court dès qu’on entend des termes insultants ou des vulgarités. C’est important parce que cela conditionne les futures relations de couple, ça évite qu’elles versent ensuite dans l’anarchie. Il faut éduquer nos fils, nos frères et nos pères. Quant à moi, je n’ai pas encore d’enfants mais le meilleur modèle que je pourrai leur donner quand ils seront là, ce sera mon comportement avant mon discours.

Quel regard portez-vous sur les actions menées par Ghada Hatem-Gantzer, la créatrice de la Maison des femmes ?

Je trouve que c’est quelqu’un d’admirable et je suis persuadé qu’il y a des raisons très profondes aux batailles qu’elle mène aujourd’hui, qui font qu’elle est aussi généreuse. Son énergie et sa détermination m’ont épaté. Elle pourra toujours compter sur moi.

Comme de nombreux sportifs l’ont fait avant vous, imaginez-vous un jour prendre des responsabilités en politique ? Non, la politique ne me tente pas du tout. J’en ai une très mauvaise image et j’ai perdu foi en ce monde-là. Mais je continuerai en revanche à m’engager pour cette cause et pour d’autres.

Bénédicte Flye Sainte Marie

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