Ce qui ne se voit pas, n’existe pas ! Le chemin vers l’égalité

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On le sait, ce qui ne se voit pas, n’existe pas ! Je suis convaincue que les médias ont un rôle essentiel à jouer, une responsabilité à l’égard de la société, celle de donner une juste représentation des femmes.

En 2014, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) s’était penché sur la question de la médiatisation du sport féminin par les chaînes de télévision et les radios. Le résultat était alarmant : 7% de retransmissions sportives sur les écrans, 10% de femmes dans les instances sportives, un très grand nombre d’équipement non accessibles aux femmes et peu d’expertes sur les plateaux.

A mon arrivée en 2015, j’ai repris l’opération les 24H du sport féminin pour un faire un événement annuel #SportFémininToujours. Il consiste à mobiliser et à sensibiliser ; à aborder les questions d’accès aux équipements, de pratiques, de gouvernance ; à donner plus d’élan à la féminisation du sport et à l’ancrer dans les usages, et enfin, à encourager la diversité des sports retransmis sur les antennes. Mon objectif : faire bouger les lignes tous ensemble. C’est la raison pour laquelle aux côtés du CSA, on trouve les ministères des sports et l’égalité femmes/hommes et le Cnosf.

En 2019, 18% de retransmissions sportives féminines sur les écrans. Une avancée certes, mais encore insuffisante ! D’abord parce nous n’avons pas dépassé ce « fameux » plafond de verre des 20% ; que seules 24% des femmes prennent aujourd’hui la parole dans les programmes de sport et 15% sont présentatrices de programmes sportifs. Seules deux femmes, Nathalie Péchalat et Isabelle Jouin, sont présidentes d’une fédération olympique, 26% des membres du CIO sont des femmes et pourtant c’est plus de 40% de sportives qui rapportent des médailles aux Jeux. Nous sommes encore loin de l’égalité ! Mais nous en avons pris le chemin.

Plusieurs études mettent en évidence qu’il existe une corrélation positive entre l’exposition médiatique et la pratique sportive : plus de 90% de licenciées dans les clubs de foot depuis les premières retransmissions de coupe du monde de football féminin sur les écrans. Il en va de même après chaque olympiade ou la diffusion de match de rugby. « C’est en voyant des matchs, en lisant des résumés, en écoutant des interviews que l’individu s’identifie, se projette, trouve des repères et des modèles (…) de nombreuses études sociologiques ont montré l’impact de la médiatisation non seulement dans le développement de la pratique sportive, mais également dans la déconstruction de stéréotypes » nous dit Carole Gomez, directrice de recherche à l’Iris. La diffusion de retransmissions sportives incite à la pratique professionnelle et amateur. Notons que le sport constitue encore et probablement l’activité de loisirs où les stéréotypes de genre sont les plus présents, avec une référence biologique encore forte : endurance, combativité, capacité musculaire pour les hommes ; élégance, souplesse et grâce pour les femmes. Et pourtant, les valeurs du sport masculin sont les mêmes que celles véhiculées par le sport féminin, c’est la manière d’investir ces valeurs qui peut différer.

Le sport renvoie une image positive auprès des français : 11 millions d’entre eux ont regardé et encouragé l’équipe de France féminine de football contre la Corée, ils étaient 12 millions pour le match de la coupe du monde France-Etats-Unis. La médiatisation du sport féminin est aussi est économiquement rentable pour les chaînes de télévision. Les droits sont beaucoup moins élevés en moyenne que pour les compétitions masculines, pour des audiences égales : les retransmissions sportives féminines attirent un large public, masculin et féminin, et ces larges audiences permettent aux chaînes d’attirer de nombreux annonceurs : un cercle économique vertueux existe.

Cependant après cette crise sanitaire, il y a lieu de s’inquiéter. L’économie du sport a été directement touchée par l’arrêt des diffusions, la fermeture des stades et l’absence de recettes de billetterie, de cotisations des adhérents, de sponsoring. En Angleterre, certaines marques se sont retirées de la 1 ère ligue féminine de rugby et quelques clubs ont annoncé la suppression de leurs clubs féminins. Pendant la crise COVID, les femmes expertes ont quitté les plateaux télé. Il convient donc de rester vigilants.

La création de valeur médiatique passe autant par les performances que par les valeurs véhiculées. Le sport représente des valeurs de compétition et de concurrence, mais aussi le respect des règles, le respect de l’autre dans sa diversité, la loyauté et la persévérance, le partage et la confiance. En d’autres termes, l’ensemble des valeurs indispensables au vivre ensemble au sein d’une même société. La question du sport féminin sur nos écrans est celle de la place de la femme que l’on veut voir dans la Cité.

Nathalie Sonnac, Professeure des universités, Présidente du Comité d’éthique pour les données d’éducation, Membre du CSA (2015-2021)

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