Catherine Marchal « Agir contre les féminicides me parait urgent »

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L’interprète de la cheffe étoilée Claire Guinot dans le feuilleton quotidien Ici tout commence de TF1, qui est aussi à l’affiche du très noir Bronx sorti récemment sur Netflix et bientôt de Slalom au cinéma, évoque sans fards le machisme inné du monde de la cuisine, le jeunisme en vigueur sur le petit et le grand écran et ses convictions d’artiste et de femme.

Pourquoi vous confie-t-on si souvent des personnages autoritaires, qui ne laissent que peu de place à l’expression de leurs sentiments ?

C’était très vrai après Quai des orfèvres, où j’étais presque systématiquement dans l’archétype de la femme forte. C’est moins le cas depuis On va s’aimer et Ici tout commence où l’on ouvre davantage la palette des sentiments.  

Est-il exact que vous avez découvert, lorsque vous avez préparé votre rôle dans Ici tout commence, que le microcosme de la cuisine était à la fois très âpre et profondément sexiste ?

Je n’ai pas attendu la série pour le savoir car c’est un univers assez médiatisé. Les exigences du métier imposent un climat viril qui est assez paradoxal quand on sait que ce sont les femmes qui assument très majoritairement la cuisine à la maison. Et il y a énormément d’hommes et peu de femmes dans la haute gastronomie : peut-être parce qu’ils ont plus le goût de pouvoir ? Peut-être est-ce sexuellement attirant d’être chef ? On sent qu’ils veulent être en haut de la pyramide. Je pense que les femmes sont moins attachées au fait de briller. Du coup, il faut qu’elles aient non pas des aptitudes égales aux leurs mais que celles-ci soient supérieures pour qu’elles réussissent.  

Ce monde n’est-il pas un reflet de ce qui prévaut dans le monde en travail en général, où l’homme est supposé avoir des compétences et où la femme doit faire la preuve des siennes, ce qu’on appelle le fameux double standard ?

Si et pourtant il n’y aucune raison qui puisse légitimer cette inégalité ! Tout y est conçu pour les hommes dans la cuisine. Je vous raconte une anecdote bête mais qui en dit beaucoup : quand je suis allée faire les essayages auprès de la marque de vêtements de cuisine professionnels qui nous équipe dans la série, il s’est avéré que la coupe des fringues était catastrophique parce que ce sont des tenues qui ne sont absolument pas conçues pour les femmes. Elles sont censées ne pas en avoir besoin !

Quelle est la nature de votre rôle dans Bronx ?

Là, on est clairement aussi chez les mecs ! Il y a de la testostérone à tous les étages. Ça se passe dans le milieu des bœufs-carottes. Katia, que j’incarne, met son nez là où il ne faut pas et va subir une véritable descente aux enfers. C’est un thème un peu récurrent de la filmographie d’Olivier Marchal. Ça été un carton absolu sur Netflix : Bronx a été le deuxième téléchargement mondial sur cent-quatre vingt- dix pays pendant quinze jours. Dans une période où les salles étaient fermées, ça a clairement sauvé l’économie de ce film.

Certaines actrices se plaignent d’être invisibilisées après cinquante ans. Est-ce quelque chose que vous percevez ?

Les statistiques montrent que c’est une réalité, que les rôles se raréfient pour elles une fois passé ce cap. Le problème, c’est qu’on ne peut pas obliger les auteurs à nous en écrire ! Mais ce n’est que le reflet de l’attitude générale de la société. La preuve de cela, c’est que j’ai commencé à jouer les mamies à l’écran avant même que j’ai cinquante ans. Et je jouais la mère d’Ophélia Kolb dans On va s’aimer alors qu’elle n’en a que quinze de moins que moi et j’y étais la grand-mère d’un enfant de dix ans, alors dans la vie, j’ai un fils de dix ans ! Je crois que la télévision et le cinéma attribuent un désir aux femmes de ne pas se voir représentées à l’écran telles qu’elles sont vraiment. En cela, on décide à leur place. C’est aussi la responsabilité des femmes qui ont des hautes responsabilités dans le monde audiovisuel, comme Delphine Ernotte. En ne combattant pas cela, elles intériorisent les codes masculins. Hélas, ça bouge extrêmement lentement dans ce domaine. Je milite au sein d’une association Over Fifty et alors ? pour que les choses évoluent, aux cotés de certaines personnalités comme Nathalie Garçon.

Vous impliquez-vous dans les causes que défend aujourd’hui le féminisme ?

Certaines me semblent plus légitimes que d’autres. J’avoue que les revendications à pouvoir venir le nombril à l’air à l’école ou la féminisation systématique des noms de métiers ne me parlent pas beaucoup. En revanche, d’autres sont primordiales, comme la scolarité des petites filles dans le monde, que je soutiens auprès de l’ONG Plan International. C’est essentiel car le manque d’éducation chez les enfants peut faire des ravages chez les adultes qu’ils deviendront.  Agir contre les féminicides me parait également urgent, il faudrait être aveugle pour ne pas souscrire à ce combat et j’ai beaucoup pris la parole à ce sujet avec Eva Darlan.

Avez-vous des discussions sur ces thèmes avec vos enfants ?

Au moment où la parole s’est libérée avec la vague #MeToo, ca a été l’occasion de les aborder frontalement, de rappeler que le corps n’est qu’à soi et qu’on est le seul à pouvoir décider ce qu’on a le droit d’en faire. J’ai évoqué aussi la notion de consentement, pour le faire comprendre que le « non » qu’une femme prononce dans un bar est le même que celui qu’elle dit à son partenaire quand ils sont nus dans un lit. Un non est non, il n’y pas de hiérarchie !

Bénédicte Flye Sainte Marie

En pratique : Catherine Marchal est au générique du lundi au vendredi à 18h 30 d’Ici tout commence  sur TF1. Bronx est toujours disponible sur Netflix. La sortie en salles de Slalom, initialement prévue le 16 décembre interviendra normalement en janvier.

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