Tribune du 5.5.19

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Burn-out : nouvelle maladie de civilisation

Le terme burn-out, entré dans le langage courant, est synonyme d’épuisement professionnel. Le stress des années 1980 a fait place en ce début du XXIe siècle au burn-out. Or, cette affection, ce trouble fait désormais l’objet de nombreuses définitions mais dont les contours restent flous. Il ne décrit pas un état mais plutôt un processus : l’épuisement professionnel qui peut déboucher, au terme de plusieurs phases, sur un effondrement total de la personne et donc sur des maladies psychiques.

La difficulté réside en partie dans le fait que cette notion se trouve au croisement des domaines médical, psychologique et sociologique. L’existence du burn- out en tant qu’entité clinique à part entière fait toujours débat au sein de la communauté scientifique et n’est pas reconnue comme une maladie, contrairement à la dépression. Si on ne peut confondre les deux, le burn- out peut être la cause d’une dépression, si on le laisse s’installer. On parle plutôt de syndrome, c’est à dire d’un ensemble de signes, de symptômes, de modifications morphologiques, fonctionnelles ou biologiques de l’organisme, d’apparence parfois disparate mais formant une entité reconnaissable. Les causes internes ou externes de ces manifestations permettent d’orienter le diagnostic et d’expliquer la survenue de maladies psychiques et/ou physiques.

En effet, derrière ce trouble se trouve aussi une question plus intime, plus cachée. Elle est caractérisée par la déception d’un individu face aux aspirations qu’il avait placées dans son orientation professionnelle. Cette difficulté particulière renvoie à une inadaptation, non pas seulement aux conditions de travail, mais à sa valeur. Ainsi, pour aborder la question spécifique du burn- out, il faudrait le repérer à la fois au niveau de la personne et dans le rapport à son travail.

La fatigue est consubstantielle à l’activité humaine. Or, dans le burn-out on parle d’épuisement professionnel ; ce qui laisse à entendre que la personne ignore le signal de fatigue et va au-delà de ses capacités physiques et intellectuelles : il arrive qu’il se tue littéralement à la tâche. L’écart se creuse entre son envie de repos et le désir de continuer coûte que coûte pour de supposées bonnes raisons (argent, prestige, reconnaissance…) ; d’autant plus que l’informatique permet de travailler de chez soi, le soir, la nuit, les weekends, en vacances. Cette “laisse informatique” a eu pour effet un débordement de la sphère professionnelle sur la sphère privée et par là même un grignotage sur les temps de repos. Il y a comme une négation de la fatigue, le sujet peut aller jusqu’à se doper pour “tenir le coup” et ainsi masquer l’épuisement coupable et la honte de ne pas répondre aux exigences qu’on lui impose ou qu’il s’impose à lui-même.

L’arrivée de nouvelles technologies, la transformation des méthodes managériales ont modifié le rapport au travail. Le burn-out, cette nouvelle “maladie de civilisation” comme l’appelle le philosophe Pascal Chabot, est clairement lié aux questions du progrès de la technologie où l’immédiateté, la rapidité, la frénésie, la rentabilité, la performance, l’efficacité deviennent des symptômes de l’organisation contemporaine du travail.

Nos technologies ont modifié notre rapport au temps et à l’espace avec un sentiment d’accélération du temps où l’individu doit sans cesse s’adapter pour répondre aux critères de performance. Cette intensification du mode de travail, c’est-à-dire faire plus en moins de temps, est une des promesses du management, mais cette accélération est devenue en même temps source d’aliénation. Le burn-out pourrait-il se convertir ainsi en signal positif d’alerte? Ne serait-il pas la manifestation de l’individu en révolte contre une certaine forme d’oppression, voire d’exploitation, contre le non-sens que véhiculent certaines idéologies autour du travail dans nos sociétés modernes. Réussir son burn-out pour en faire un « born-out » ? Si seulement il y avait des recettes ! Comment transformer la souffrance en plaisir ? Comment renoncer à l’essoufflement du perfectionnisme et à la course à la reconnaissance ? Comment retrouver un nouvel équilibre puisque travailler est aussi naturel que marcher ? Ces questions sont celles de l’après burn-out et concernent l’aménagement d’une nouvelle phase de vie.

Valentine Hervé, psychologue clinicienne, psychanalyste

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