28 October, 2020
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L’avenir du Rwanda est féminin !

Après le génocide, le Rwanda vit un réveil féministe.

Sur le papier, le Rwanda est le champion mondial de l’égalité des sexes. Le pays affiche le pourcentage le plus élevé de femmes au parlement – 67,5% – et, selon le Forum économique mondial, se classe au sixième rang pour ses efforts visant à réduire l’écart entre les sexes (précédé seulement de quatre pays scandinaves et du Nicaragua). Plus de deux décennies après le génocide de 1994, la politique du Rwanda renforce activement l’autonomisation des femmes à tous les niveaux.

Le petit pays d’Afrique de l’Est est devenu un paradigme du féminisme africain. Il est fier de son engagement en faveur de la représentation des femmes au niveau national, mais la réalité est différente parmi les populations les plus modestes. Environ 27% des Anglaises et 25% des Américaines sont victimes de violence conjugale au cours de leur vie, alors que les Nations Unies estiment ce chiffre à 34% au Rwanda. Néanmoins, la popularité des programmes de la Safe School for Girls, dispensés dans 174 écoles du pays, signifie une ouverture à la correction du fossé entre la représentation des femmes et la vie quotidienne des femmes rwandaises.

L’importance de l’éducation

Dans un village proche de la capitale Kigali, un groupe de garçons passe un après-midi pluvieux à apprendre à mettre fin à la violence sexiste. Ils apprennent à respecter les filles et les femmes dans leur vie quotidienne et à signaler les abus, les agressions, le harcèlement. « Si nous voyons de telles violences, nous les dénonçons et nous nous assurons que les personnes qui les ont commises seront jugées », explique Rini Mutijima, 18 ans, à la BBC. Il ajoute : « Pour les filles qui subissent ça, nous nous assurons de les soutenir, de leur donner des conseils et de les aider à réintégrer la société ».

Dans une salle de classe voisine, les filles apprennent l’importance de l’indépendance financière et du contrôle des naissances pour leurs vies futures.

Ces séances ont lieu une fois les cours terminés pour les élèves de la « Safe School for Girls », qui est mixte. Chaque après-midi en semaine, les garçons et les filles se séparent pour apprendre les différents moyens d’améliorer la condition féminine à travers le pays. L’organisation caritative « Care International », qui gère l’école rwandaise en partenariat avec des organisations locales, pense que l’école pourrait apporter certaines des réponses permettant de lutter contre la violence domestique et les déséquilibres de pouvoir entre les sexes. Le Rwanda est confronté à un héritage brutal. Au cours du génocide de 1994, près de 500 000 femmes ont été violées par des extrémistes hutus.

Shoffy Manishimure, un adolescent de 16 ans : « La meilleure chose que j’ai apprise à faire est de protéger ma sœur.  C’est ma responsabilité en tant que garçon de protéger ma sœur. » Dans l’école du district de Ruhango, dans la province du sud du Rwanda, un sujet différent est abordé chaque après-midi. Un jour, les garçons en apprennent davantage sur la menstruation. Un autre, sur la prévention de l’exploitation financière des femmes. Ensuite, une fois par semaine, les garçons participent à une table ronde sur la manière dont ils peuvent mettre fin à la violence sexiste. Ces écoles à travers le Rwanda concernent plus de 47 000 adolescentes et plus de 19 000 garçons depuis 2015. Pour les garçons, le cours est une rééducation opposée aux normes culturelles. Les éducateurs ne craignent pas l’histoire du Rwanda, tout en se concentrant sur les défis actuels auxquels font face les filles et les femmes.

D’autres programmes impliquant des hommes ont déjà permis de réduire la violence à l’égard des femmes au Rwanda. Un programme géré par « The Global Fatherhood Campaign » et « MenCare »  fournit des conseils et une éducation aux couples. Résultat chez les participants : une réduction de 44% de la violence commise par les hommes sur leurs partenaires.

« Safe School for Girls » a pour objectif de mettre fin à la violence avant même qu’elle ne débute. On leur apprend que la violence revêt de nombreuses formes, dont la violence psychologique, l’exploitation financière et le harcèlement, en plus des voies de fait. L’un des moyens mis en œuvre par le programme consiste à inciter les garçons à influencer leurs parents – ce que les filles ne peuvent pas faire. « Il y a des filles qui ne peuvent pas aller à l’école », déclare Robert Rwibutso, 17 ans. « Et il est de ma responsabilité d’informer les parents que leur fille a les mêmes droits que son frère. Si son frère étudie, elle doit aussi étudier. »

Certains de ces cours ne devraient-ils pas être dispensés dans les classes en France ?

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