26 November, 2020
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J’aimerais être payée pour mon travail de maman

Pour plaisanter, lorsque je finis mon travail, le vrai, et que je vais chercher mes enfants à l’école, je dis « allez, j’attaque ma deuxième journée de travail, la plus difficile et malheureusement celle qui n’est pas payée ». Cette phrase suscite souvent des réactions qui peuvent aller de l’amusement, à la compréhension en passant par l’indignation la plus violente : 

« Comment oser dire que s’occuper de ses enfants est une corvée ! C’est une honte ! Avoir des enfants est la plus belle chose qui puisse arriver à une femme et puis, elle les a voulus alors elle les assume ! » 

Voilà en résumé ce que certaines personnes me répondent ou pensent si fortement que je peux les entendre. Il est intéressant de noter que cette réaction vient le plus souvent d’autres femmes. 

Quel salaire ? 

Le site américain Salary.com calcule chaque année à combien s’élèverait le salaire d’une mère, qu’elle soit au foyer ou non. Comment procèdent-ils ? Ils répertorient toutes les missions que les mères accomplissent pour leur famille. Dans cette longue liste, on trouve les métiers de professeure, cuisinière, chauffeur de taxi, psychologue, coach, juge, diététicienne, experte comptable et bien d’autres.   

Au total, leur conclusion est que le salaire moyen annuel d’une mère serait de… 178201 $ pour l’année 2019, soit 161754 € ! A noter également que cette estimation augmente chaque année. 

Selon une autre étude menée par le Welch College aux États-Unis, les mamans travailleraient 98 heures par semaine si l’on cumule le temps qu’elles passent au travail et celui qu’elles passent à s’occuper de leurs enfants. Pour prouver cela, 2000 mères d’enfants âgés de 5 à 12 ans ont été interrogées dans le cadre de l’étude et celles-ci passeraient environ 14 heures par jour à s’occuper de l’éducation des enfants et de la gestion du foyer ! Et quand on sait que, parmi ces femmes, certaines ont aussi un travail à côté, on comprend pourquoi le burnout parental touche plus les femmes que les hommes. 

Et si on payait les parents? 

Le site Salary.com dit clairement sur son site que leur estimation n’est pas à vocation politique mais qu’elle est là pour valoriser le rôle des femmes en général. Mais forcément, tout cela fait réfléchir. 

Cela nous pousse d’abord à réfléchir à l’inégalité femmes-hommes. Chaque année, des études mettent en avant l’inégalité dans la répartition des tâches ménagères ou de l’implication des pères dans l’éducation de leurs enfants. Certes il y a une légère augmentation mais l’écart reste encore trop important et l’égalité parfaite est loin d’être atteinte. 

Alors aujourd’hui j’ai envie de poser une vraie question : et si on payait les femmes et les hommes pour leur rôle de parents ? Je ne parle pas des allocations familiales, qui ne sont d’ailleurs plus universelles. Non, je parle bel et bien d’un vrai salaire, avec une fiche de paye qui reprendrait les différents rôles évoqués plus haut. Qui paierait ? L’état, moi, vous. 

Paradoxal de faire payer l’état ? Réfléchissez. Lorsque l’on est payé pour son travail, que l’on soit salarié du privé ou fonctionnaire, notre salaire est versé pour service rendu, n’est-ce pas ? Vous êtes payé parce que vous produisez quelque chose : un service, un produit, peu importe, mais vous n’êtes pas payé pour ne rien produire. 

Lorsque l’on est parent, notre « produit », notre « service », ce sont nos enfants. Ne me jetez pas tout de suite des pierres. Je ne suis pas en train de comparer vos enfants (ni les miens d’ailleurs) à des objets. Ce que je veux dire, c’est que nos enfants sont des citoyens à part entière, et que la manière dont nous nous occupons d’eux, le temps et l’énergie que nous leur dévouons, servent toute la société. Bien les élever, bien faire son « travail » de parent est bénéfique pour tout le monde. Si le travail est bien fait, alors les bénéfices pour la société et les gains sont nombreux. 

De plus, un salaire pourrait réduire les inégalités femmes-hommes car cela inciterait les pères à s’investir davantage dans l’éducation de leurs enfants. Cela permettrait aux femmes de choisir librement si elles veulent travailler à plein temps ou à temps partiel sans perdre leur indépendance financière. Et les hommes auraient moins de pression de devoir travailler plus que de raison pour subvenir aux besoins de toute la famille. 

Je sais que mon raisonnement va choquer. Mais les grands changements n’ont-ils pas souvent comme origine une provocation ?

Anne Bezon, copywriter, écrivaine, accompagnatrice de talents féminins et maman

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